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9 février 2012

FORMATION : LE RÉQUISITOIRE DE LA COUR DES COMPTES

Dans son rapport annuel rendu hier mercredi 8 février, la Cour des comptes formule une critique très sévère de la réforme de la formation initiale. Pour le SNUipp-FSU « il est temps de tourner la page de cette réforme calamiteuse ».

«  L’ambition de cette réforme aurait justifié une réflexion plus approfondie sur les conditions d’une mise en œuvre efficace et efficiente, notamment au regard de l’objectif de la réussite de tous les élèves assigné à l’éducation nationale par le législateur. » C’est un zéro pointé que la Cour des comptes a attribué au ministère de l’Education nationale hier à propos de la mastérisation. A en croire la haute juridiction qui rendait ce mercredi 8 février son rapport annuel, aucun des objectifs avoués de la réforme de la formation initiale des enseignants n’a été atteint et ce pour une bonne raison, elle «  n’a pas été suffisamment préparée ». Le ministère s’est contenté de saisir l’occasion de réaliser "rapidement" des économies d’emplois du fait du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite.

Plus de 9 500 postes supprimés

Et encore, ces économies budgétaires «  dont le montant reste difficile à chiffrer précisément » atteindraient au maximum 370 M€ avant qu’on ne leur impute le coût des deux années de formation qui conduisent de la licence au master estimé à 10 000 € par étudiant. En ce qui concerne le nombre de suppressions de postes que la réforme a permis de réaliser, il est lui très élevé. Même si la suppression de plus de 18 000 postes d’enseignants stagiaires a été partiellement compensée par la création de 2 802 emplois de titulaires et de 5 833 emplois d’étudiants en seconde année de master effectuant des stages de responsabilité devant élèves, au final ce sont 9 567 équivalents temps plein qui ont été rayés du budget.

Une inversion des priorités

La Cour des comptes rappelle que deux objectifs prioritaires étaient censés guider la réforme ; « élever le niveau de recrutement » et « assurer le recrutement de professeurs mieux formés aux pratiques professionnelles nécessaires à l’exercice du métier d’enseignant, en réservant davantage de temps, dans la formation initiale, à l’apprentissage direct de l’enseignement devant les élèves ». Or, ajoute-t-elle, « son application accélérée a entraîné de nombreux dysfonctionnements pour une partie des 15 763 enseignants stagiaires concernés - 7 159 professeurs des écoles et 8 604 professeurs du second degré -, qui avaient la charge d’environ 500 000 élèves. » La cour y voit la conséquence d’un calendrier très « resserré » pour la mise en œuvre de la réforme et une inversion des priorités. « Plutôt que de programmer tout d’abord l’aspect pédagogique de cette réforme, le choix a été fait de mettre en œuvre prioritairement les dispositions réglementaires et budgétaires pour une entrée en vigueur complète à la rentrée 2010, avec une année de transition en 2009-2010 », dit-elle.

Le défaut d’accompagnement

La Cour critique aussi l’affectation des enseignants stagiaires qui «  n’ont pas été systématiquement affectés dans des postes qui présentaient les conditions les plus favorables pour débuter dans l’exercice de leur profession ». De plus, les «  deux-tiers des jeunes enseignants arrivés en septembre 2010 n’avaient aucune expérience antérieure d’enseignement devant une classe ». Quant à l’accompagnement des stagiaires, il est loin d’avoir été à la hauteur, 23,6% d’entre eux n’étant pas, dans un contexte d’entrée dans le métier déjà difficile, dans la même école ou dans le même établissement que leur tuteur, alors que le tutorat aurait dû être « l’une des principales innovations de la réforme ».

Les objectifs de l’enseignement scolaire oubliés

Rien ne semble trouver grâce aux yeux des magistrats. Les stagiaires ont une charge horaire plus élevée que leurs collègues titulaires, la formation continuée n’entrant pas dans le décompte des heures de service. Leur remplacement durant les périodes de formation pose problème du fait de la résorption des postes en « surnombre ». La Cour pointe encore «  le manque de suivi » et « un défaut d’articulation avec les objectifs de l’enseignement scolaire ». Au final, la Cour formule 4 recommandations : « élaborer un référentiel de formation pour les masters débouchant sur les concours de recrutement des enseignant », « organiser les concours de recrutement avant ou au début des masters, de façon que les étudiants n’aient pas été formés, en cas d’échec, à un métier qu’ils ne pourront pas exercer », « accorder des décharges de service aux enseignants stagiaires » et « mettre en place un système d’information et de recueil des données permettant d’évaluer l’adéquation des actions de formation aux besoins des enseignants ». Dans sa réponse, le ministre de l’Education nationale plaide en faveur de la patience. « Du temps est nécessaire pour conduire un tel changement et mesurer les premiers effets » indique-t-il, réservant un accueil plutôt frileux, c’est de saison, aux recommandations des magistrats.

Tourner la page

Hier, le SNUipp-FSU a réagi en estimant que «  pour toutes ces raisons (…) il est temps et urgent de tourner la page de cette réforme calamiteuse ». Le syndicat « demande que la reconstruction d’une véritable formation professionnelle des enseignants soit un chantier prioritaire pour l’école : elle devra être conçue selon un continuum intégrant des modules de pré-professionnalisation dès la licence, un concours avec des épreuves disciplinaires et professionnelles, l’organisation d’une véritable alternance progressive en M1 et M2, et la reconnaissance de la formation par un master ».

Lire le communiqué de presse du SNUipp-FSU

Télécharger les éléments du rapport sur la formation

 

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